1.1.3 - Regrouper les données disponibles

L’enquête réalisée par RNF sur les protocoles de suivis permet de connaître les réserves qui réalisent déjà des études sur tel ou tel espèce ou habitat. Il est donc possible pour un gestionnaire ayant une problématique de gestion en lien avec une espèce de consulter ses collègues et de recueillir des informations sur les méthodes de suivi et les premiers résultats.

 

1.1.3.1. Recenser les documents et informations disponibles

1.1.3.2 Identifier l’état initial, la situation de référence

1.1.3.3. Définir les lacunes et les besoins

 

Avant de recueillir de nouvelles données, que ce soit pour des inventaires mais plus encore pour des suivis, le gestionnaire devra centraliser les données existantes qui lui seront utiles.

1.1.3.1. Recenser les documents et informations disponibles

Certaines méthodes nécessitent d’avoir des données de base suffisamment fiables. La carence en données de base peut être liée au manque d’études existantes. Il s’agit dans cette étape de :

- faire le bilan et l’évaluation des données déjà en possession de l’organisme gestionnaire : les études réalisées sur le site,

- faire des recherches bibliographiques complémentaires.

Recherche historique

Figure n°6 : Les cartes postales anciennes nous livrent une image du site tel qu’il était autrefois. Ici une carte postale du Marais de Bouquelon au début du XXè siècle. Coll. Th LECOMTE

De véritables recherches en «écologie historique» permettent d’identifier (plus précisemment) les impacts des utilisations humaines d’un passé relativement récent (T. DUTOIT, Forum des gestionnaires d’espaces naturels, 2003). Ce sont en effet les utilisations agricoles, artisanales et industrielles, etc.) qui pourront être responsables de la structuration et du fonctionnement des écosystèmes actuels ainsi que de la présence et de l’abondance de certains taxons. La recherche historique passe par la l’iconographie (gravures, cartes, tableaux anciens), les consultations d’archives (livre, cadastre…). Cette recherche est généralement effectuée au moment de la rédaction du premier plan de gestion d’une réserve naturelle (voir Figure n°6).

Recherches bibliographiques

Figure n°7 : Contenu du CD-Rom réalisé par le WWF en partenariat avec RNF

Une recherche bibliographique sur le sujet visé par la problématique est un gain de temps si elle répond à certaines questions, évite de refaire des travaux déjà effectués, et aide au choix des bons indicateurs. Il s’agit de recenser les données disponibles et d’y accorder du temps pour dresser un bilan des connaissances en lien avec le sujet de l’étude et recueillir des données variées et de diverses sources sur des situations similaires dans d’autres sites, y compris dans d’autres pays.

Il est important de rechercher des informations sur les facteurs et dynamiques qui peuvent influencer la présence d’une espèce ou d’un habitat. Les articles scientifiques nationaux et internationaux publiés dans diverses revues complètent souvent les ouvrages de référence (penser à demander des tirés-à-part aux auteurs par exemple). Il n’est pas toujours facile d’en avoir connaissance, les moyens informatiques actuels peuvent faciliter leur recherche (bases de données sur sites internet…).

Il existe également des banques de données réalisées par les réseaux d’espaces naturels, comme par exemple le document «Références scientifiques sur la conservation d’un réseau représentatif et fonctionnel de forêts naturelles» édité par le WWF en partenariat avec RNF et disponible sur CD (voir Figure n°7). De la même façon il existe à RNF une base de données bibliographique sur les études scientifiques réalisées dans les réserves naturelles. La documentation informatique est de plus en plus abondante par le biais des sites internet : de nombreuses associations de gestion ont développé le leur.

Contacter certaines personnes

Avant de lancer toute opération associée à une étude, assurez-vous auprès de scientifiques ou naturalistes locaux que de telles opérations n’ont pas déjà été effectuées. Une recherche auprès de personnes connaissant le site depuis longtemps peut également avoir un intérêt. Les anciens «usagers» et les personnes âgées peuvent fournir des renseignements précieux et précis sur les activités passées (sylvo-pastorales, etc.) et sur des observations mémorisées (grottes occupées, zones inondables) afin de relever des potentialités de présence ou de retour d’une espèce. Cette recherche a normalement été réalisée lors de la rédaction du premier plan de gestion d’une réserve naturelle.

Prendre connaissance des réseaux existants

Figure n°8 : Une étude réalisée par le Cemagref de Bordeaux permet de connaître les réserves naturelles concernées par les plantes envahissantes

Notez que la documentation est faible ou inexistante sur beaucoup de groupes d’espèces et d’habitats. Toutefois il ne faut pas négliger les réseaux d’échanges de données et de suivis qui peuvent être une aide précieuse pour la recherche d’informations (groupes thématiques de RNF, pôles relais du plan d’action sur les zones humides, groupes de travail par habitat de la Fédération des Conservatoires régionaux du patrimoine naturel, réseau de sites Natura 2000, Observatoire des Galliformes de montagne, Observatoire des Invertébrés de l’OPIE, …).

Ainsi certaines données sont déjà disponibles au sein même des réseaux des réserves naturelles ou des conservatoires régionaux, qui peuvent alors jouer leur rôle d’échange entre gestionnaires (voir Figure n°8).

 

1.1.3.2 Identifier l’état initial, la situation de référence

Photo n°7 : Marsilea strigosa. © Photo : RNRH

L’état initial ou état de référence est un témoin indispensable pour évaluer l’impact de la gestion ou d’une dynamique sous influence d’un ou de plusieurs facteurs anthropiques ou naturels. Les outils servant à identifier l’état de référence sont de nature diverses :

- IL PEUT S’AGIR D’UNE LISTE D’ESPÈCES OU D’HABITATS.
Issue d’un inventaire cette liste constitue un état initial, de référence qui sert au plan de gestion (avant l’application de toute gestion) et est un préalable indispensable à la mise en place de tout suivi.

- IL PEUT S’AGIR DE CARTES OU DE PHOTOGRAPHIES.
Une carte des habitats donne par exemple une situation de référence à partir de laquelle il est possible d’évaluer les modifications. La situation de référence peut être une carte de répartition de l’espèce dans des quadrats de maille «x» (cas du suivi des espèces envahissantes dans la RN de Nohèdes) ou dans les mares (cas du suivi d’une espèce protégée à la RN de Roque-Haute, voir Photo n°7 et Figure n°9).

Figure n°9 : Carte de localisation de Marsilea strigosa en 2001 à la RN de Roque-Haute (Hérault).

Source : Rapport d’activité 2001. AGRN-RH


Le suivi doit être construit sur des bases de connaissance solide, sans lesquelles il sera difficile d’évaluer les changements observés. Une des conditions de la participation au réseau de suivi des Rhopalocères dans les réserves naturelles est par exemple d’avoir réalisé un inventaire de tous les papillons et de savoir les reconnaître à vue. La situation de référence pour un suivi des espèces doit si possible intégrer des variables complémentaires à la seule présence de celles-ci (effectifs, nombre de contacts, aire de répartition…), car une population peut régresser sans que l’espèce ne disparaisse. Il faudra vérifier que de telles données existent.

L’état de référence est généralement celui décrit dans le plan de gestion du site (Section A : Approche descriptive et analytique du site (RNF, 1998)).

1.1.3.3. Définir les lacunes et les besoins

A la suite du bilan précédent et au vu des besoins pour une compréhension de la problématique, le gestionnaire doit être en mesure de lister les manques en matière de connaissance (pas d’information existante sur l’écologie de telle espèce à forte valeur patrimoniale pour le site par exemple), et de fixer des objectifs à atteindre pour améliorer cette connaissance. Les études nécessaires pour combler ces lacunes sont intégrées dans les actions du plan de gestion pour les réserves naturelles (voir aussi le chapitre 1.1. «Identifier le contexte»).

 

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